Théâtre : « Djihad », au-delà des tabous

Ils s’appellent Ismaël, Ben et Reda. Jeunes musulmans originaires de Bruxelles, ils décident tous les trois de partir faire le Djihad, en Syrie. De Bruxelles à Homs,  en passant par Istanbul, la pièce “Djihad” d’Ismaël Saidi est l’histoire de leur voyage.

Ce périple débute en Belgique, leur pays natal. Les trois futurs compagnons de voyage sont assis sur un banc et discutent de leur départ pour la Syrie, auquel chacun a contribué en réservant les billets d’avion ou en se procurant les passeports. Ben, jeune homme barbu au keffieh rouge, reproche à ses deux comparses de ne pas le saluer par un “salam”. Ismaël et Reda, eux, semblent un peu plus éloignés de la religion que leur ami, à qui ils rendent la salutation d’un air détaché. Dès la première scène, le ton est donné : la différence de comportement entre les trois hommes est tournée en dérision. L’un, très religieux, remet ses amis dans le droit chemin de la religion dès que l’un d’eux s’en éloigne. L’autre, Reda, joue le “guignol” de la pièce. On en vient parfois à se demander ce qui l’a mené là lorsque, à l’aéroport, celui-ci oublie d’enlever les lames de rasoir de sa poche. Le dernier, Ismaël, plutôt raisonnable, joue le rôle intermédiaire entre Reda et Ben.

Tout au long de leurs aventures, on apprend à connaître les trois personnages et leurs motivations religieuses qui les ont amenés jusque-là. Avant de se consacrer à la religion, Ismaël dessinait. Reda a fait un séjour en hôpital psychiatrique et Ben livrait une admiration sans limites à son idole Elvis Presley. Bien qu’ils aient tous les trois trouvé la paix en allant à la Mosquée et en se consacrant à l’Islam, chacun d’eux fera face à ses anciennes passions, pas très religieuses selon eux. Ainsi, au gré de la pièce, le public découvre des djihadistes qui étaient auparavant “comme tout le monde”.

De leur quartier natal à Istanbul, en passant par l’aéroport, le spectateur suit les aventures des trois futurs djihadistes, dépeintes d’un humour intelligent. Car le sujet reste grave : les trois amis se sont jurés de tuer des mécréants au nom de leur religion et de soutenir leurs “frères” en Syrie. Mais l’humour dont il s’agit là n’est en aucun cas un humour noir à la Gaspard Proust. Il s’agit plutôt de tourner leur périple et leur comportement en dérision. Derrière cet humour se cache malgré tout une réflexion sur la religion -et pas seulement la religion musulmane-, mais aussi sur le djihad en lui-même, qui transparait parfois à travers le ridicule des situations : “Qui est notre ennemi ?” se demandera l’un des trois amis. Ce qui réussit à Ismaël Saidi, c’est d’aborder des thèmes sensibles et compliqués sans jeter un froid sur le public et sans blesser.

La pièce “Djihad” “fait rire des clichés de toutes les religions, en levant le silence sur les tabous de chacun” et son auteur “prend le parti de faire tomber les murs entre les communautés, [en aspirant], entre rires et larmes, à un meilleur «vivre ensemble»”. Pour moi, c’est un pari réussi. Car si la pièce, à travers son humour, permet une réflexion sur le départ au Djihad, la fin, elle, ouvre sur une réflexion plus large sur l’intégration des différentes communautés dans nos sociétés multi-culturelles. Le point d’orgue d’une pièce bien pensée, touchante, drôle mais surtout intelligente.

Anna Lippert

Prochaines représentations: https://djihadspectacle.com/agenda/

Mot de l’auteur : https://djihadspectacle.com/le-mot-de-lauteur/

Pour plus d’informations ainsi qu’un extrait de la pièce: http://www.huffingtonpost.fr/2016/09/16/djihad-ismael-saidi-extrait_n_12046158.html

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s